La population de cerfs de Virginie est en forte croissance dans le secteur nord de Boucherville. Selon un inventaire aérien réalisé en février 2025 par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), en seulement un an, leur nombre est passé de 224 à 298, ce qui représente une hausse de 33%.

Ce territoire comprend les boisés bordant ou traversant le chemin de Touraine, le chemin d’Anjou et le boulevard De Montarville ainsi que les petits boisés isolés situés entre la route 132 et le rang Lustucru.

Sur l’ensemble du territoire bouchervillois, c’est un total de 318 cerfs qui ont été dénombrés, soit 298 dans le secteur nord, et 20 dans la portion appartenant à la Ville de Boucherville au Boisé Du Tremblay. Dans cette forêt qui s’étend surtout sur le territoire de Longueuil, 112 cerfs ont été observés. Il s’agit d’un nombre stable par rapport à 2024.

Des densités élevées

Selon la littérature scientifique, la densité de cerfs dans son habitat optimal devrait être d’environ 5 cerfs par kilomètre carré afin de respecter la capacité de support du milieu. Or, la densité atteignait déjà 40,7 cerfs/km² dans le secteur nord en 2024, soit huit fois la norme suggérée. En 2025, elle s’élève à 54,2 cerfs/km², soit près de onze fois plus.

Dans le boisé du Tremblay, la densité estimée est de 19,6 cerfs/km² et équivaut à celle de 2024. Selon le ministère, la stabilité de la population est attribuable aux efforts d’optimisation de la chasse mis en place par la Ville de Longueuil sur ce territoire ainsi que par l’intervention d’abattage effectuée au parc Michel-Chartrand à l’automne 2024, les deux sites étant connectés.

Les impacts

Une telle surabondance entraîne des impacts importants sur les milieux naturels, mentionne le ministère : limitation de la régénération forestière par le

broutage, prolifération de plantes exotiques envahissantes, et détérioration de la santé des cerfs, avec un risque accru de maladies et de mortalité. Les conséquences se font aussi sentir pour les citoyens, avec des dommages aux aménagements paysagers, une hausse des risques d’accidents routiers et un danger accru de propagation de la maladie de Lyme par les tiques à pattes noires.

Pas d’abattage

L’inventaire a été réalisé à la demande de la Ville de Boucherville qui souhaitait documenter la tendance de la population de cerfs à la suite de plaintes de citoyens et afin de mieux cerner la situation.

«Pour l’instant, nous sommes en mode observation et nous n’avons pas de plan d’action», a indiqué le directeur général Roger Maisonneuve en entrevue à La Relève.

Il assure qu’il n’est pas question d’imiter Longueuil en procédant à des abattages pour contrôler les cheptels. La Ville privilégie plutôt la stérilisation ou la relocalisation, tout en demeurant pour l’instant dans une phase d’évaluation. Un troisième recensement est prévu en 2026 pour confirmer les tendances.

«À Boucherville, on ne fera pas comme à Longueuil. Les solutions que nous préconisons sont la stérilisation ou le déplacement des cerfs ailleurs, le maire Martel l’a d’ailleurs souvent mentionné», a réaffirmé M. Maisonneuve.

La Ville maintient donc sa position même si cette orientation va à l’encontre des recommandations du MELCCFP.

Au final, la mise en œuvre des solutions relève des municipalités et des gestionnaires de territoire.

Les causes

Selon le ministère, la progression rapide des populations s’explique par plusieurs facteurs : des hivers plus cléments, favorisant la survie des animaux; des restrictions croissantes sur l’utilisation d’armes de chasse dans certaines municipalités; l’accès limité aux territoires de chasse pour les chasseurs; et la rareté des prédateurs naturels.