C’est dans un autobus entre le lac Como et Milan, en Italie, que Marjorie Lajoie détaille son expérience olympique à Gravité Média. Elle s’en allait d’ailleurs à l’aréna voir du hockey, puis du patinage de vitesse courte piste. Quelques jours après sa propre prestation sur la plus grande scène du monde, la patineuse de Boucherville l’affirme sans ambiguïté : elle mène sa plus belle vie.

Une semaine a maintenant passé depuis la compétition de danse sur glace en patinage artistique, où Marjorie Lajoie et Zachary Lagha ont pris la 10e position.

Alors que son partenaire de patin prenait un avion pour retourner à la maison, Marjorie Lajoie est dans un logement en location en Italie où elle résidera jusqu’à la cérémonie de clôture.

Et d’ici là, on peut dire que l’athlète profite de chaque moment à ses deuxièmes Jeux, mais ses premiers sans l’ombre de la Covid.

«On n’a pas peur de parler aux athlètes, d’attraper le virus! La vibe dans le village, d’être avec les autres athlètes des autres sports et des autres pays. Juste d’avoir la famille qui est là, c’est incroyable. Là, je peux dire que c’est la plus belle expérience de ma vie!» se réjouit-elle.

Une victoire en soi

Revenant sur sa compétition, la patineuse admet qu’il est difficile d’expliquer le sentiment de patiner sur la glace olympique.

«Ce n’est pas comme je me sens normalement en compétition. J’avais comme conscience que c’était gros, c’est la première fois qu’il y avait autant de monde dans les estrades, avec ma famille. Tout ça fait que j’en ai profité, mais d’une façon différente», décrit-elle, évoquant également une petite coupure sur son genou qui a ajouté un peu de stress.

Tout de suite après le programme libre, on pouvait d’ailleurs l’entendre dire à ses entraîneurs que l’adrénaline avait pris le dessus sur la douleur.

Zachary Lagha et Marjorie Lajoie ont terminé au 10e rang en danse sur glace. (Photo: gracieuseté – Skate Canada / Danielle Earl)

Concernant sa 10e position, elle ne s’en faisait pas outre mesure, assurant que le sentiment sur la glace était le bon.

«Le plus important, c’est le sentiment qu’on a sur la glace, puis ce sentiment-là, on l’a eu dans nos performances, alors je peux dire que c’est une victoire en soi! Surtout après le programme libre, on était tellement content. J’ai voulu garder ce sentiment-là même que les pointages ont sorti, même si on n’était pas tout à fait satisfaits», souligne la femme de 25 ans.

«Mais c’est sûr que quand les gens me demandent : pis, t’as fini combien aux Jeux? Je dis 10e et il y a une partie de moi qui est comme : aaaah! Tu sais, on a fini 5e il y a 2 ans aux championnats du monde. Mais 10e, c’est 10e au monde, c’est 10e aux Jeux olympiques. Juste d’y aller, c’est incroyable. Mais c’est sûr qu’on veut plus», poursuit-elle.

Un compositeur touché

Pour leur programme libre, le duo Lagha-Lajoie a utilisé la musique du film The White Crow, du compositeur Ilan Eshkeri.

Autre signe que les Jeux olympiques amènent une visibilité inégalée, Ilan Eshkeri et l’un des artisans du film ont contacté les patineurs pour leur dire à quel point leur prestation les a touchés.

«On est vraiment conscient qu’une fois aux quatre ans, tout le monde va regarder son sport. Moi, je l’ai senti, puis c’est vraiment un sentiment de fierté. Autant que c’est de la pression, un stress de plus, autant je me dis : c’est mon moment de montrer au monde c’est quoi le patinage artistique, ce qu’on est capable de faire. […] Et même rejoindre les personnes qui ont fait notre musique, c’est vraiment cool», note la patineuse.

Rien à voir avec d’autres compétitions d’envergure comme les championnats du monde ou les coupes du monde. «La job qu’on a à faire sur la glace est la même, et ça on le sait et il faut se le répéter. Mais la visibilité que ça nous donne… tout a plus d’ampleur».

Décrocher à 100%

L’épreuve étant derrière elle, Marjorie Lajoie prend bien le temps de se reposer, une étape qu’elle chérit après une compétition. D’autant plus que sa saison n’est pas terminée, alors que Zachary et elle seront des championnats du monde, à la fin mars.

«Oui, je visite, je marche. Mais le patin, je décroche à 100%, au niveau psychologique et physique. C’est vraiment important après une grosse expérience comme ça de décrocher. C’est ce qui me permet de revenir plus fort», assure-t-elle.