Un antidote à la morosité qui teinte le climat migratoire actuel. Voilà l’image qu’emploie Rodolphe Gagnon pour décrire le travail quotidien de la Maison internationale de la Rive-Sud, organisme de Brossard où il est chargé de projet. Antidote par ses activités, son soutien aux nouveaux arrivants et par les rencontres qu’elle provoque.

La fin du Programme d’expérience québécoise (PEQ) pourrait bien faire partie de cette «morosité» évoquée.

«Aider une personne à la fois, c’est ça ma job, signifie M. Gagnon. De toute façon, on change peu à ça. On subit plus qu’autre chose. En réalité, l’attention va plus sur ce qu’on fait au quotidien.»

À la MIRS, la fin du PEQ se fait ressentir chez des bénéficiaires, mais aussi chez des employés.  «ll y a beaucoup de stress et d’inquiétude, observe Mame Moussa Sy, le directeur général. À ce stade, c’est juste d’écouter les gens et d’essayer de les rassurer du mieux qu’on peut.»

Appelé à se prononcer sur cette décision, il estime que «tout le Québec a la même opinion».

«On est allé chercher ces gens-là. C’est simplement de respecter ce que tu as dit. Il y a des emplois que nous, qui sommes dans cette pièce, on ne veut plus faire, enchaîne-t-il. Ce n’est pas normal que les Tim Horton ferment durant quatre, cinq heures dans une journée. Ce sont des lieux de socialisation. Quand un Tim Horton ferme, des gens vont être encore plus isolés.»

Logements

Un des points de services de la MIRS se trouve à Boucherville. Depuis le partenariat établi entre la Ville et l’organisme l’an dernier, environ 50 usagers s’y sont établis; un nombre en hausse.

À la MIRS, le soutien à l’intégration se déploie sous de nombreuses facettes.

Depuis l’automne, un immeuble de sept chambres est à la disposition de ceux qui viennent de mettre les pieds au pays et qui n’ont nulle part où aller.

La MIRS œuvre à rendre disponibles deux autres projets immobiliers : un de 30 logements sur le chemin de Chambly, puis un autre près du palais de justice de Longueuil.  

Outre ces toits, la MIRS accompagne les réfugiés dans le quotidien, en les aidant par exemple lors de leur première épicerie.

«Quand on est né dans une zone de guerre, déjà, on doit s’habituer à la composition du logement, signifie le directeur. Ce qui s’y trouve, on n’a jamais vu ça. Savoir comment gérer ça, pour des questions de prévention, santé, sécurité, etc.»

Pas d’échec

Inscrire les enfants à l’école puis un parent à un cours de francisation, faciliter l’accès au système de santé, obtenir les permis nécessaires et la paperasse administrative, etc., la MIRS les aide dans toutes ces démarches.

Aux conseillers d’intégration s’ajoutent les intervenants communautaires interculturels, qui offrent des services ciblés aux jeunes, aux femmes, aux aînés.  Le continuum de services s’échelonne dans le temps.

«Après, il y a toujours des échecs. Mais ce ne sont même pas des échecs, se ravise le directeur général. Parfois, il y en a pour qui le processus d’intégration, c’est 3 ans, d’autres 15 ans. Les réfugiés syriens qu’on avait reçus, qui venaient de régions éloignées, n’étaient même pas alphabétisés en arabe, la plupart. Et on va leur apprendre le français? Beaucoup sont revenus après sept ou huit ans.»

Éviter le 2e signalement

La MIRS est appelée à collaborer avec la DPJ, dans ce que M. Gagnon appelle une «traduction interculturelle des problématiques».

Il donne l’exemple d’un signalement d’une école parce qu’un enfant mange continuellement du riz. En expliquant que cette habitude fait partie de sa culture, on aide à la compréhension.

«Quand il y a des cas de violence avérés, il y a des ateliers aux familles, indique Mame Moussa Sy. L’idée, c’est qu’il n’y ait pas de deuxième signalement. Ça enlève du travail à la DPJ, qui est débordée. Quand on fait de la co-intervention, ça vient les soulager.»

Et à ce travail s’ajoutent les actions en développement social.

«On fait beaucoup de concertation, on s’implique dans les comités locaux, avance Victoria Auguste, chargée de projets, partenariats et innovation. Notre but, c’est d’aider aussi la communauté locale elle-même à devenir plus inclusive.»