Le maire de Boucherville, Jean Martel, n’a pas mâché ses mots à l’égard de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qu’il tient responsable de décisions récentes fragilisant l’offre de transport collectif dans sa municipalité.
Ses critiques surviennent dans un contexte particulièrement tendu, alors que l’avenir de plusieurs navettes fluviales demeure incertain pour l’été 2026. Sur les six liaisons existantes, seulement deux ont été confirmées par le gouvernement du Québec, soit celles reliant Varennes à Pointe-aux-Trembles, ainsi que Boucherville au Parc Bellerive, à Montréal.
La liaison entre Boucherville et le Vieux-Port de Montréal n’a toujours pas obtenu de financement, laissant planer une incertitude sur son maintien.
Ironiquement, la Ville venait tout juste d’annoncer un investissement de 45 000$ pour bonifier cette desserte, notamment en ajoutant deux départs supplémentaires les vendredis et samedis soir.
« Ce qui est plate avec les navettes, c’est qu’on avait informé la population il y a environ deux semaines que la Ville de Boucherville mettait des sommes additionnelles pour bonifier le service », a rappelé le maire. « Alors, quand on dit du côté de l’ARTM que ce service prendra peut-être fin, c’est à 180 degrés de la volonté qu’on avait ici. » L’ARTM attend toujours de savoir si le gouvernement débloquera des budgets pour ces navettes.
Des compressions qui s’accumulent
La situation est d’autant plus mal reçue qu’elle s’ajoute à la récente décision du RTL de retirer la ligne d’autobus 87, qui relie la partie de Boucherville près du fleuve jusqu’au centre-ville de Montréal. Cette suppression est entrée en vigueur le 6 avril. Le RTL a ajusté en conséquence une autre ligne de Boucherville, la 86.
Face au mécontentement de plusieurs citoyens, une séance d’information publique est prévue le 15 avril à 19h30 à l’hôtel de ville, en présence de représentants du RTL.
Selon Jean Martel, ces décisions découlent directement du modèle de gouvernance imposé par l’ARTM.
« Il faut comprendre que suite à une décision provinciale, tous les revenus des opérateurs de transport collectif (RTL, STM…) sont envoyés à l’ARTM, qui par la suite les redistribue en fonction de critères qu’elle décide », a-t-il expliqué. « Ce qui éloigne un peu de nous la possibilité de bien adapter le transport à vos besoins. »
«Il est donc, dit-il, de plus en plus difficile pour le RTL d’aller de l’avant pour des projets et de répondre vraiment adéquatement à vos besoins.»
Une « mégastructure » dénoncée
Le maire critique ouvertement la centralisation des pouvoirs au sein de l’ARTM, qu’il qualifie de « mégastructure ».
« Je déplore ça, je trouve ça malheureux. Je n’ai jamais été en faveur de la création de cette immense structure qu’est l’ARTM », a-t-il affirmé. « On dit souvent “bigger is better”. Il y a également un livre qui s’appelle Small is Beautiful, ça nous rappelle l’importance d’avoir un pouvoir décisionnel de proximité. »
Il va même plus loin en évoquant un déficit démocratique.
« Les élus sont en minorité au niveau de l’ARTM, donc c’est quasiment en quelque sorte une technocratie. Et ça donne des résultats comme la 87 et les navettes fluviales »
Un appel à la mobilisation
Se disant mis devant le fait accompli, le maire affirme ne pas avoir été informé à l’avance des décisions concernant les navettes fluviales.
« Je l’ai lu dans La Presse, je n’ai pas eu d’informations à l’avance à l’effet qu’il y avait une forte probabilité que les navettes fluviales ne soient pas de retour (sauf celle reliant la ville eu parc Bellerive)», a-t-il déploré.
« On n’est pas d’accord avec ça tout comme les modifications faites aux autobus 86 et 87. On doit vivre avec. Il y a un déficit au niveau du transport collectif et l’ARTM fait ses choix. On a tellement le sentiment d’avoir peu d’influence auprès de l’ARTM. »
Dans ce contexte, il invite les citoyens à faire pression sur leurs représentants provinciaux.
« Comme c’est une décision provinciale, d’avoir créé cette méga structure, de lui donner de plus en plus de pouvoir, on vous implore de contacter vos élus provinciaux pour leur faire part de votre insatisfaction et demander qu’on puisse avoir plus de pouvoir au niveau local. »
« Un dossier à suivre pour les navettes, un dossier à suivre également pour la 86-87 », a conclu le maire.

