La nécessité de revoir le mode de financement des sociétés de transport été nommée à plus d’une reprise par les panélistes abordant «Le transport collectif et la mobilité de la main-d’œuvre» à la Grande rencontre stratégique de la Chambre de commerce et industrie de la Rive-Sud (CCIRS), à Sainte-Julie le 21 avril.
En grossissant volontairement le trait, Émile Cadieux, vice-président principal Québec & Maritimes chez Transdev, a décrit l’usager qui serait «parfait», c’est-à-dire qui rapporterait le plus aux sociétés de transports, selon les dispositions actuelles du système de financement.
«Un usager qui a une passe mensuelle, mais qui ne prend surtout pas l’autobus pour ne pas prendre la place de quelqu’un d’autre, qui conduit un gros VUS, pour payer des taxes sur l’immatriculation, qui est pris dans le trafic pour consommer beaucoup d’essence parce qu’il y a une contribution avec la taxe sur le carburant, a-t-il énuméré. Ça serait le plus rentable pour financer le transport en commun!»
«Il y a une inadéquation entre le financement et l’objectif d’améliorer la situation, la mission, reprend-il plus sérieusement. On n’est pas dans une approche de développer les services. S’il y a plus d’achalandage, c’est un problème, car on n’a pas les fonds pour ajouter les services.»
Mode à revoir
Le télétravail qui s’impose depuis la pandémie a donné du fil à retordre aux sociétés de transport, alors que la demande jadis régulière (du lundi au vendredi, avec des heures de pointe précises) s’est transformée en demande irrégulière.
«C’est difficile de s’adapter et il faut revoir notre mode de fonctionnement» a signifié Philippe Dubé, directeur gestion de l’exploitation & équipements, développement et performance, à l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Un discours qui fait écho à celui du Réseau de transport de Longueuil, en pleine transformation.
Pour adapter son offre aux nouvelles réalités, l’ARTM mise notamment sur la transformation de services à l’horaire en transports à la demande, pour ajouter des routes et répondre à des besoins différenciés. «On réinvente le service pour l’adapter», a résumé M. Dubé.
L’ARTM œuvre aussi à des chantiers afin de regrouper les services à la clientèle des diverses sociétés de transport du Grand Montréal.
Initiatives privées
Dans un contexte où les sociétés de transport, qui ne roulent pas sur l’or, peinent à répondre à certaines demandes, le privé peut contribuer.
L’entreprise Dana TM4, dans le parc industriel Edison de Boucherville, a mis en place une navette corporative entre le terminus Longueuil et ses installations, afin de transporter ses employés, majoritairement de Montréal. Sans cette option, l’offre de transport en commun était déficiente pour ce secteur.
Deux départs de la navette le matin et deux le soir sont certes utiles, mais demeurent limités, a nuancé le directeur général de l’entreprise, Marc Gall.
Il a indiqué que des discussions étaient en cours entre le RTL et d’autres industries du secteur, afin de sonder leur intérêt à contribuer financièrement au déploiement d’une navette qui desservirait plusieurs adresses du parc industriel, à plusieurs heures du jour.
Selon M. Dubé, ce genre d’initiatives privées ne sont pas un constat d’échec des sociétés de transport mais plutôt des opportunités de partenariats pour améliorer la desserte.
Appel à la mobilisation
la période de questions, le maire de Sainte-Julie Mario Lemay a rappelé que le contexte actuel était loin d’être favorable à l’ajout de services.
«Il faut dire les choses tel qu’elles sont : on fait face à des difficultés financières importantes. Tous les bons mots et les espoirs entendus aujourd’hui, on ne verra pas ça à court terme. Pour la Couronne Sud, on s’enligne vers des coupures de services. Les données ne sont pas évidentes.»
À son avis, un travail s’impose avec les transporteurs. L’optimisation, c’est bien, mais insuffisant, croit M. Lemay.
Il appelle les maires des autres municipalités à une mobilisation, afin que le transport collectif soit considéré comme un projet de société et un investissement, plutôt qu’une dépense.
Sa remarque a rejoint les propos du président de la CCIRS Jean-François Lévesque qui, en début de journée, a identifié le transport comme la priorité absolue que la chambre de commerce défendra dans le cadre de la prochaine campagne électorale provinciale, à l’automne.
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