Si faire du bénévolat donne des ailes, pour certains, cela peut aussi et surtout changer une vie. Dans le cadre de la Semaine du bénévolat, La Relève a rencontré des bénévoles aux parcours marquants.
Depuis septembre dernier, un plateau de travail thérapeutique a pris place au Grenier des Aubaines, à Boucherville. La ressourcerie offre à une douzaine de personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme un environnement structuré pour s’épanouir. Accessible cinq jours par semaine, il permet aux participants de faire du bénévolat quelques jours à la fois, selon leur rythme.
Le programme appelé plus précisément plateau d’intégration en emploi est mis en place par le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie Est (CISSSME).
«C’est eux qui nous ont contactés l’année dernière, parce que l’un des plateaux de travail existants, géré par une entreprise privée, était devenu trop axé sur la performance», explique la directrice générale du Grenier des Aubaines, Diane Donofrio.
Ici, l’approche est tout autre. Les participants évoluent dans un environnement flexible, où aucune tâche ne leur est imposée. Accompagnés d’une assistante en réadaptation, ils peuvent explorer différentes activités selon leurs intérêts et leurs capacités : tri d’objets, entretien ménager, préparation de jouets, vérification de casse-têtes, etc.
«On leur présente les différents espaces, puis avec l’intervenante, ils choisissent ce qu’ils veulent faire. Ce n’est jamais nous qui décidons pour eux», insiste Mme Donofrio.
«Ils peuvent faire des essais. Des fois, ça ne fonctionne pas, puis ils essaient autre chose», ajoute-t-elle.
Présents jusqu’à cinq heures par jour, les participants développent à leur rythme des habiletés concrètes, dans un cadre adapté et sans pression de performance.
«Ça fait une activité quotidienne dans laquelle ils rehaussent leur estime de soi, et contribuent à la société. Ils créent des liens sociaux entre eux et ils développent des compétences. Puis, cela procure du répit aux parents», souligne la directrice générale.
Double mission
Le plateau repose sur deux volets distincts, mais complémentaires.
D’un côté, l’intégration au travail vise à permettre à certains participants de développer suffisamment d’autonomie pour éventuellement intégrer un emploi ou faire du bénévolat de façon indépendante.
«Notre mission, c’est qu’ils soient capables, éventuellement, d’aller travailler ou de faire du bénévolat autonome, sans avoir besoin du plateau», explique l’intervenante en réadaptation qui a demandé l’anonymat.
Certains y parviennent. Elle cite notamment l’exemple d’un participant qui, après être passé par un plateau, agit désormais comme bénévole autonome.
De l’autre côté, le plateau répond aussi aux besoins de personnes qui n’atteindront pas ce niveau d’autonomie.
«Il y en a qui vont rester en plateau toute leur vie en raison de limitations plus importantes. Pour eux, les bénéfices sont ailleurs : structure, socialisation et valorisation.»
Des amis
Pour les participants, l’expérience est d’abord humaine.
«J’aime être avec mes collègues et je me suis fait des amis, raconte Marie-France Quintin. J’aime ça faire des choses, trier les vêtements et accrocher le linge. Je viens deux fois par semaine et c’est important pour moi parce que ça me tient occupée.»
Même enthousiasme du côté de Valérie Ménard.
«Moi, j’aime ça venir ici, c’est pour la joie, le bonheur. Ça me donne de l’expérience et de l’espoir pour l’avenir. J’aimerais ça trouver un emploi ensuite», confie-t-elle.
Au-delà du travail, des moments marquants viennent aussi nourrir le sentiment d’appartenance. Les deux participantes évoquent notamment une sortie récente au restaurant avec l’équipe du Grenier des Aubaines, un moment qu’elles ont particulièrement apprécié.
Des retombées au-delà du plateau
Au quotidien, les impacts se font sentir tant chez les participants que dans leur entourage.
«En plus de développer des compétences pratiques, plusieurs gagnent en confiance et en estime de soi. Le simple fait d’avoir une routine et de contribuer à leur manière à la collectivité fait une réelle différence», souligne Mme Donofrio.
Car là, au-delà des tâches accomplies, c’est surtout un sentiment qui se construit : celui d’avoir, enfin, sa place.


