À Boucherville, une troupe peu commune s’apprête à monter sur scène. Huit aînés du club FADOQ et huit adolescents de l’école secondaire De Mortagne unissent leurs voix et leurs talents dans Génératrice, une comédie intergénérationnelle où théâtre, chant et cinéma s’entrelacent avec humour et sensibilité. Les artistes, âgés de 13 à 86 ans, participent à cette création portée par le metteur en scène Philippe Néron, des Ateliers Néron.

Pour lui, il s’agit d’un deuxième projet du genre, mais avec des ambitions accrues. «Cette année, on s’est lancé le défi d’être encore plus big. On a décidé de mélanger cinéma et théâtre», explique-t-il. Devant l’engouement suscité par l’initiative précédente, des auditions ont même été organisées. «Il y a eu plus de 20 jeunes qui ont fait des auditions. On en a pris huit», précise-t-il, en parlant d’élèves de secondaire 1 à 4.

L’histoire de Génératrice transporte le public en 2037, dans un contexte de pénurie énergétique. Plusieurs générations cohabitent alors dans un même appartement et doivent redoubler d’ingéniosité pour produire l’électricité nécessaire à leur quotidien. «Pour avoir de l’électricité, il faut que tout le monde active des génératrices. On peut faire du vélo stationnaire, du tricot électrique, chanter du karaoké…» résume le metteur en scène. Cette énergie devient notamment essentielle pour alimenter un écran et permettre aux personnages de tenir leur soirée cinéma.

Derrière ce concept ludique se cache une réflexion sur des enjeux bien actuels tels qu’identité, environnement, crise du logement et collaboration entre générations. La création s’est construite collectivement, un processus qui a exigé plusieurs mois de travail. «Les films se sont faits avec les comédiens, créés par les comédiens. Le texte aussi part de leurs idées, puis moi, j’ai mis ça en mots», souligne Philippe Néron.

Un beau mix

Chez les jeunes participants, l’expérience marque profondément. Alexie Lemai, 14 ans, souligne l’apport des aînés : «Avec des comédiens qui ont beaucoup plus d’expérience, on peut recevoir des trucs qu’on ne connaissait pas. Ça donne confiance.» Un constat partagé par Vincent Tétrault, lui aussi âgé de 14 ans, qui évoque la richesse des échanges culturels. «On a un bagage culturel différent. Il y a des chansons que les jeunes ne connaissaient pas, mais que les aînés reconnaissaient immédiatement. Ça fait un beau mix.»

Au-delà de la scène, les liens se tissent également en dehors des répétitions. Sandrine Forget, qui aura 16 ans dans quelques jours, se rappelle un moment marquant survenu lors d’un souper de troupe. «On a parlé des droits des femmes. On s’est vraiment rendu compte à quel point on a avancé, même si ce n’est pas parfait.»

Pour d’autres, l’expérience est d’abord humaine. «Les gens sont gentils. Ils écoutent, ils aident et j’aime ça», résume Pascal Mabo.

Découverte mutuelle

Si les adolescents découvrent le théâtre aux côtés de partenaires plus expérimentés, les aînés, eux, trouvent dans ce projet bien plus qu’une simple activité artistique.

Nouvelle venue à Boucherville, Nicole Milord a été séduite dès le départ. «C’est une expérience enrichissante, raconte-t-elle avec enthousiasme. Travailler avec les jeunes ajoute une dimension unique. Ils sont formidables. On a une belle troupe, super agréable de travailler avec eux.»

Du côté de Diane Charbonneau, l’énergie des adolescents est contagieuse. «Juste les voir entrer dans l’auditorium, ça nous apporte de l’énergie. C’est incroyable comme expérience», confie-t-elle.

Habitué des planches depuis plus de 25 ans, Paul Fortier y voit une occasion de partager son savoir-faire. «J’aime ça essayer de leur montrer des choses, parler fort, bien bouger, ne pas tourner le dos au public. Des fois sans leur dire, mais ils nous voient aller», explique-t-il. «Et nous, on prend aussi de leurs idées. C’est une belle interaction.»

Au fil des répétitions, les frontières générationnelles s’estompent. «Les scènes les plus fortes, c’est quand les deux générations sont sur scène en même temps», souligne M. Néron.

«Ce qu’on aimerait, c’est organiser davantage de rassemblements intergénérationnels pour rapprocher les générations. Cette pièce-là, ça va exactement dans ce sens», exprime Vincent Tétrault, également impliqué au comité jeunesse de la Ville de Boucherville

Un autre impact marquant est la déconstruction de certains préjugés. «On entend toutes sortes de commentaires sur les ados. Mais ici, tout tombe à l’eau. Les jeunes m’ont aidée, ils m’ont accompagnée, ils m’ouvrent la porte… Ce ne sont pas juste les jeunes de la troupe, mais ceux de l’école aussi. Il faut avoir une vision différente de l’adolescence», conclu Nicole Milord.

Présentée les 21 et 22 mai à 19h à l’école secondaire De Mortagne. Billet en vente en ligne sur billeterie.monvirtuel.com