À l’Office d’habitation (OH) de Longueuil, 59,4% des logements sont jugés dans un état satisfaisant, selon les données de janvier 2026 du gouvernement du Québec. Une situation qui s’est dégradée, alors que ce pourcentage était de 71% il y a trois ans. Si l’OH admet avoir accusé un certain retard, il assure que 2026 se déroule sous le signe de l’action.

Ces données ont été récemment dévoilées par la Fédération des locataires d’habitation à loyer modique du Québec (FLHLMQ).

L’OH de Longueuil, qui couvre l’agglomération, administre 38% des logements à loyer modique de la région. Bon nombre d’eux sont mal en point, ayant été construits dans les années 1970.

«205 logements sont regroupés dans 5 immeubles jugés en mauvais état et 717 logements sont situés dans 21 immeubles en très mauvais état», décrit Patricia Vianney, coordonnatrice à la FLHLMQ.

Les immeubles sont classés en vertu d’une cote allant de A à E. Les bâtiments classés A, B et C sont jugés en bon état, ceux D et E, en mauvais état.

Ces cotes sont établies selon les bilans de santé des immeubles, effectués aux cinq ans. «Un immeuble classé C, par exemple, il pourrait y avoir les fenêtres à changer. Les bâtiments D et E, il n’y pas eu de travaux majeurs depuis 35 ans», explique Mme Vianney.

Tous les immeubles affublés de la cote E dans l’agglomération sont situés à Longueuil, où l’on compte la très grande majorité de ce parc locatif. L’immeuble HLM du chemin du lac, à Boucherville, se retrouve aussi avec cette cote.

Déficit de 59 M$

La dégradation de l’état des immeubles se traduit inévitablement sur le plan financier. À l’OH Longueuil, le déficit de maintien des actifs se chiffre à 59,5 M$. En 2023, il était de 8 M$.

Non seulement le temps a fait son œuvre sur ce parc locatif vieillissant, mais les sommes investies dans les travaux demeurent modestes. L’an dernier, seulement 3 M$ ont été consacrés à des travaux majeurs.

(Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

«C’est peu, admet la directrice générale Catherine Carrée. Je reconnais qu’on a eu un peu de retard pour préparer notre plan d’action. De 2023 à 2025, ç’a été plus difficile, on a eu des changements internes. On a solidifié nos ressources, qui ont maintenant une bonne expérience. Et l’année 2025 a servi à se préparer.»

Depuis le début de l’année, une dizaine de projets de réfection sont en branle, à l’étape des plans et devis ou encore à l’appels d’offres.

«On a déposé des projets au Programme de rénovation des habitations à loyer modique (PRHLM), on est en train de mettre les efforts et on travaille fort, affirme Mme Carrée. En 2026, on passe en vitesse grand V.»

Les immeubles classés E seront ciblés en priorité.

Avec ses 59% de logement dans un état satisfaisant, l’OH de Longueuil est quelque peu en deçà de la performance de la Montérégie, dont 62,7% des immeubles des logements à loyer modique étaient dans un état satisfaisant, en janvier. D’autres secteurs sont dans des situations plus inquiétante, comme le Roussillon (46% des immeubles jugés satisfaisants).

«Le parc [de l’agglomération de Longueuil] est généralement en bonne santé, mais il y a encore à faire», analyse Catherine Carrée.

D’ailleurs, si des immeubles se sont dégradés, d’autres ont subi des travaux d’importante valeur, tels que celui rue de Boulogne à Longueuil. L’immeuble est passé d’une cote D à A en trois ans, ce qui a effacé son déficit de maintien des actifs de 1,9 M$.

Sans traiter spécifiquement du cas de l’Office d’habitation de Longueuil, Patricia Vianney de la FLHLMQ déplore que parfois, malgré les investissements, les locataires n’en bénéficient que très peu. «On entend parfois sur le terrain que le stationnement a été refait. C’est très cher, dont c’est un gros pourcentage du déficit de maintien des actifs, mais finalement, ce n’est pas tant un meilleur immeuble qu’avant pour les propriétaires.»

Note parfaite

L’Office régional d’habitation Marguerite-D’Youville, qui couvre entre autres Sainte-Julie et Varennes, obtient une note parfaite, grâce à ses 148 logements répartis dans 8 immeubles en bon état.

Tous ont obtenu la cote A, sauf celui rue Monseigneur-de-Laval à Sainte-Julie, qui a récolté la cote B.

« Il faut plus de temps »

Selon Patricia Vianney, l’Entente Canada-Quebec sur le logement, signée en octobre 2020, doit être prolongée.

Elle craint que la Montérégie, comme d’autres régions du Québec, n’atteigne pas ses objectifs de rénovation de son parc public d’ici la fin de l’entente en 2028.

La FLHLMQ demande aux ministres responsables de l’habitation à Québec et Ottawa de prolonger l’entente tant que l’objectif de moderniser l’ensemble du parc public du Québec n’est pas été atteint.

L’entente prévoyait un plan d’investissement de 2,2 milliards $, en vertu duquel chaque gouvernement s’est engagé à verser 1,1 milliard $.

La Société d’habitation du Québec évalue actuellement à 1 milliard $ le déficit de maintien des actifs pour tout le Québec. «Un milliard $, c’est précisément la somme que Québec et Ottawa ont convenu d’injecter dans les deux dernières années de l’entente», expose la FLHLM.

Or, elle estime pour sa part cette somme insuffisante, en raison notamment de l’explosion des coûts de construction. «Les gouvernements ont sous-investi dans les HLM pendant 35 ans», expose Mme Vianney.

La directrice générale Catherine Carrée se dit convaincue de la nécessité d’aller chercher tous les fonds possibles, en mettant en perspective que lorsqu’un OH reçoit des fonds, il a trois ans pour le dépenser.

Dans le plus récent budget provincial, 236,5 M$ sont consacrés à poursuivre ce vaste chantier de remise en état des logements à loyer modique.  Ce montant doit être investi pour redorer les immeubles classés D et E.