Il n’y aura ni service de sages-femmes ni de maison des naissances de sitôt à Longueuil et sur le territoire du CISSS de la Montérégie-Est. Ce dernier soutient que les «conditions ne sont pas réunies pour aller de l’avant» avec ces projets annoncés en 2021.
La maison de naissance et le service de sages-femmes ne figurent plus parmi les priorités dans le contexte actuel du réseau de la santé, «marqué par des contraintes budgétaires, des défis de main-d’œuvre et la nécessité de maintenir les services essentiels», indique Véronique Darveau, conseillère en communication au CISSS de la Montérégie-Est.
Des analyses et travaux de planification ont été menés au cours des dernières années et des échanges ont été amorcés avec le ministère de la Santé et des Services sociaux en 2024. «Ces démarches ont toutefois démontré qu’un projet de maison de naissance demande des ressources importantes sur les plans clinique, organisationnel et financier», soulève-t-elle.
En janvier 2021, le CISSS avait annoncé le déploiement d’un service de sages-femmes à domicile sur son territoire. Ce service devait être mis en place au cours des deux années suivantes. La construction d’une maison de naissance était quant à elle planifiée dans un horizon de trois à quatre ans.
Estimant les besoins rendez-vous, il faisait valoir à ce moment que 30% de la clientèle de l’unique maison des naissances de la Montérégie, à Saint-Jean-sur-Richelieu, provenait du RLS Pierre-Boucher.
L’organisation affirme toujours reconnaitre «l’intérêt de certaines familles» pour les maisons de naissance et les services de sages-femmes.
«Le CISSS de la Montérégie-Est poursuit néanmoins sa réflexion en fonction des orientations gouvernementales et de l’évolution du cadre entourant la pratique des sages-femmes, nuance Mme Darveau. Toute évolution devra se faire de façon progressive et sécuritaire, en tenant compte des ressources disponibles et des services déjà offerts sur le territoire.»
Le maintien et le renforcement des services hospitaliers et de première ligne sont identifiés comme les priorités actuelles du réseau.
Un non-sens
Le comité de mobilisation du Regroupement des sages-femmes du Québec déplore cette interruption du projet.
S’il souligne certaines avancées dans la province, d’autres projets similaires ont été mis sur pause, menant à une «disparité» de l’offre à l’échelle du Québec. «Ça nous nous préoccupe», signifie Magali Letarte, membre du comité.
Surtout, elle déplore que l’inadéquation entre l’interruption d’un tel projet et l’octroi de nouveaux pouvoirs accordés aux sages-femmes dans le cadre du récent projet de loi 15.
Ce dernier modifie le Code des professions et accorde de nouveaux actes aux sages-femmes, comme les soins de contraception, le traitement des infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) ou le suivi de l’allaitement au-delà de six semaines.
«Le gouvernement dit qu’il faut développer les premières lignes, mais ça n’a pas de sens que l’argent ne suive pas, estime Mme Letarte. Il y avait un projet, mais pas de budget rattaché.»
«On se sent sur la voie d’accotement, et on n’aime pas ça», illustre-t-elle.
Mme Letarte juge que toutes les communautés méritent l’accès à des sages-femmes et que leurs services doivent être offerts partout.
Demande
La demande est bel est bien présente pour les services de sages-femmes qui offre une continuité de soins, entre autres, aux femmes enceintes.
«Le mouvement Maison de naissance Montérégie a fait de la mobilisation pour une maison de naissance à Longueuil. La table de la petite enfance croit aussi que ça prend ce service, affirme Sarah Landry, coordonnatrice générale du Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement. Il faut offrir toutes les options à toutes, incluant les personnes marginalisées et ceux qui ont pour qui c’est un défi de se déplacer.»
Pratiquant dans une clinique de Montréal, Magali Letarte accueille parfois des femmes provenant de Laval ou de la Montérégie. «Des femmes ont accès à nos services en sortant de leur territoire. Mais elles sont pénalisées, car on les prend seulement s’il nous reste de la place.»
«La pratique sage-femme, on sait que ça change la vie, renchérit-elle. Elle offre des soins en continuité. On prend le temps.»
Au CISSS de la Monteregie-Ouest, une maison de naissance se fait toujours attendre, mais un service de sages-femmes a été mis en place.
«C’est un bon service. Cependant, les familles se retrouvent avec un choix partiel, et ne peuvent pas choisir l’accouchement en maison de naissance, relève Mme Letarte. Les sages-femmes devraient pouvoir offrir trois lieux : l’hôpital, à domicile ou la maison de naissance. Et elles ne peuvent pas déployer l’ensemble de leurs compétences.»
Au Québec, les personnes accompagnées par une sage-femme choisissent dans 75% des cas la maison de naissance pour accoucher.
«Ça élimine les contraintes qu’il peut y avoir à domicile, expose Sarah Landry. On peut choisir si la fratrie sera là ou pas. Et c’est un milieu où on peut retourner ensuite pour revoir des familles qui nous ressemble. C’est un milieu de vie.»
Elle fait valoir aussi l’avantage des maisons de naissance pour les personnes neurodivergentes, plus à l’aise dans un lieu petit et familier.
«Une maison de naissance en Montérégie, c’est peu. Le gouvernement devrait viser plus haut, ne serait-ce que pour une question d’équité», affirme-t-elle.

