Douze nouveaux étangs, des chants de rainettes faux-grillon de l’Ouest qu’on entend davantage et des milieux humides restaurés. Dans le secteur du Parchemin, à Boucherville, les efforts déployés pour sauver la petite grenouille commencent déjà à porter fruit.

Depuis l’acquisition, en 2021, de deux terrains totalisant 7,37 hectares, la Ville de Boucherville et Nature-Action Québec (NAQ) multiplient les interventions afin de restaurer les milieux naturels de ce corridor écologique situé entre la rue des Bois-Francs et le chemin de Touraine.

Initialement destinés à du développement résidentiel, les terrains abritent aujourd’hui plusieurs habitats essentiels à cette espèce désignée vulnérable au Québec et menacée au Canada.

Lors d’une visite de terrain, Lauralie Beaulieu, chargée de projet chez NAQ et technicienne en bio-écologie, a expliqué que le travail de protection ne s’arrête pas à l’acquisition des terrains. «C’est un projet concret. L’équipe de Nature-Action travaille très fort pour protéger les milieux naturels, bonifier l’habitat pour protéger les espèces qui en ont besoin et maintenir l’habitat par la restauration et l’entretien», a-t-elle affirmé.

12 nouveaux étangs

«On voulait augmenter la disponibilité d’habitats de reproduction pour la rainette. Donc on a créé 12 nouveaux étangs de superficies et de profondeurs différentes. L’objectif, c’était d’avoir une bonne résilience dans le contexte des changements climatiques.»

Afin de mieux résister aux épisodes de chaleur et d’assèchement, les nouveaux bassins aménagés à l’hiver 2025 présentent différentes profondeurs, variant entre environ 20 et 50 centimètres.

«Avec les changements climatiques, les étangs s’assèchent plus vite. On voulait donc des étangs de tailles et de profondeurs différentes pour s’assurer qu’il y ait toujours quelques étangs dans la métapopulation qui demeurent fonctionnels», a expliqué la technicienne.

Le chant des rainettes

Les premiers résultats sont déjà encourageants. Deux nouveaux étangs avaient été colonisés dès le printemps suivant les travaux et, cette année, huit des nouveaux bassins présentent déjà des chants de rainettes.

«Les espèces ne se déplacent pas beaucoup. Elles sont très petites, comme la grosseur de l’ongle de mon pouce. Donc c’est beaucoup de chemin pour elles de se promener d’un étang à l’autre», a souligné Mme Beaulieu.

Elle compare d’ailleurs les nouveaux étangs à une véritable pouponnière destinée à soutenir la colonisation de la population dans le secteur. «On en a créé 12 à l’hiver 2025 », a-t-elle rappelé.

Nature-Action Québec a également procédé au colmatage de plus d’une vingtaine de fossés de drainage afin de conserver l’eau sur le site sans créer de conditions défavorables à l’espèce.

«L’objectif, c’était vraiment de garder le milieu en eau, a expliqué Mme Beaulieu. On a gardé l’eau sur le site sans créer une situation d’ennoiement défavorable.»

Les zones naturelles déjà fonctionnelles ont été préservées intactes et utilisées comme modèles pour les nouveaux aménagements.

«Ce qu’on pense vraiment, c’est que le meilleur aménagement, c’est parfois pas d’aménagement, a-t-elle résumé. Quand ça fonctionne bien, la rainette est déjà là. On n’a absolument rien touché.»

Lors de la création des étangs, les équipes ont retiré puis remis en place la terre végétale afin de préserver les semences naturelles présentes sur le site. Des branches ont également été déposées dans certains bassins afin de créer des supports pour les œufs et favoriser d’autres espèces associées aux milieux humides.

Mme Beaulieu insiste aussi sur l’importance du suivi à long terme des habitats créés. «On ne peut pas juste dire : je fais un étang pour la rainette puis ma job est faite. C’est là que la job commence, a-t-elle affirmé. Les équipes travaillent extrêmement fort et les suivis vont se faire pendant plusieurs années.»

Selon elle, le contrôle de la végétation autour des étangs sera essentiel pour maintenir des conditions favorables à la reproduction de la rainette.

«Si la température de l’eau n’est pas assez chaude à cause de l’ombre, ça va avoir un impact sur la rainette, a-t-elle expliqué. Elle aime les milieux ouverts en friche.»

Mme Beaulieu précise toutefois qu’un certain équilibre doit être maintenu afin de préserver la biodiversité du secteur. «Un milieu diversifié est beaucoup plus résilient», a-t-elle indiqué, en évoquant la présence souhaitable d’arbustes, de bosquets et d’autres habitats naturels.

Les équipes de Nature-Action Québec effectueront des suivis réguliers pour surveiller la qualité de l’eau, l’évolution de la végétation et confirmer la reproduction de la rainette dans les nouveaux étangs.

Au total, près de 5000 mètres carrés d’étangs ont été créés dans le secteur du Parchemin, générant un gain net de plus de 1800 mètres carrés de milieux humides.

Selon Nature-Action Québec, ces aménagements profiteront non seulement à la rainette faux-grillon de l’Ouest, mais également à plusieurs autres espèces dépendantes de ces écosystèmes fragiles.

Un étang témoin de la rainette.