À huit ans, Renaud Buffoni rêvait d’être guitariste. En attendant que ses parents lui offrent sa première guitare électrique, il en fabriquait déjà… en papier construction. Plus de 30 ans plus tard, le Bouchervillois ne monte pas sur les plus grandes scènes du monde, mais ses guitares, elles, y sont. Ses instruments sont joués par des artistes québécois et internationaux, et ont obtenu des notes exceptionnelles dans les magazines spécialisés figurant même parmi les dix meilleures guitares évaluées dans le monde.

« Mon objectif n’est plus d’être le meilleur guitariste au monde. Je pense que j’ai transféré ma passion vers la fabrication de la meilleure guitare au monde », résume le Bouchervillois.

Une passion née devant une cassette de Guns N’ Roses

La passion de Renaud Buffoni pour la guitare remonte à l’enfance. « C’est mon frère qui m’a fait découvrir le rock and roll. En regardant une photo de Slash avec sa guitare dans une cassette de Guns N’ Roses, j’ai tout de suite voulu devenir guitariste. »

 Il faudra près d’un an avant que ses parents acceptent de lui acheter sa première guitare électrique. Entre-temps, le jeune garçon s’amuse à fabriquer des répliques en carton. « J’étais déjà luthier… mais de guitares en papier. J’en faisais à la chaîne. »

Au fil des années, il développe sa passion en découvrant les grands groupes rock des années 1990, notamment Nirvana et surtout Weezer, un groupe qui influencera plus tard sa carrière.

De guitariste à luthier

Pendant des années, il joue dans différents groupes, avec le rêve de vivre de la musique. « J’ai passé ma vie à jouer dans des groupes. À un moment donné, j’ai dû faire le deuil de mon rêve de devenir une vedette rock. »

Avec le recul, il reconnaît que la fréquentation quotidienne de musiciens professionnels lui a ouvert les yeux. « Au secondaire, je pensais que j’étais vraiment bon. Mais aujourd’hui, je côtoie des guitaristes extraordinaires et j’ai accepté que ce n’était pas là que j’allais me démarquer. »

Plutôt que d’abandonner sa passion, il la transforme. « J’ai réalisé mon rêve de grandeur, mais grâce à la lutherie. »

Une guitare qui valait 1 M$

Le véritable déclic survient à 30 ans. En naviguant sur un forum spécialisé, il découvre un luthier qui documente la fabrication d’une réplique de la mythique Gibson Les Paul de 1959, un modèle aujourd’hui évalué à près de 1 M$.

« C’est là que j’ai compris que c’était possible de fabriquer une guitare soi-même. »

Il commence alors à reproduire des modèles classiques des années 1950 afin d’apprendre le métier. Après deux ans, il possède déjà une bonne maîtrise de la fabrication. Il lui faudra toutefois près de dix ans pour développer les modèles qui porteront finalement sa signature.

Une signature unique

Aujourd’hui, les guitares de Renaud Buffoni, connu sous le nom de Morifone Guitars, se distinguent immédiatement grâce à une tête tridimensionnelle brevetée, baptisée Aileron Headstock (elle a des ailes qui pointent vers le haut. Cette forme 3D spéciale améliore le son).

« Au départ, je voulais créer quelque chose qui apporte un avantage fonctionnel. Finalement, c’est aussi devenu l’identité visuelle de ma compagnie. » Ses modèles portent des noms inspirés de ses origines italiennes : Quarzo, Spada et bientôt Scudo, une nouvelle basse qui sera lancée prochainement.

Depuis ses débuts, il a fabriqué plus d’une centaine de guitares. Celles-ci sont réalisées principalement en acajou, érable et ébène, des essences reconnues pour leur stabilité.

« Une guitare doit rester accordée malgré les changements de température et d’humidité. C’est une de mes grandes forces. Mes instruments peuvent demeurer parfaitement stables pendant des semaines, même lorsqu’ils sont utilisés en tournée. »

Ses guitares se vendent aujourd’hui entre 4 500 $ et 5 500 $.

Parmi les dix meilleures guitares au monde

La qualité de ses instruments lui vaut rapidement une reconnaissance internationale. Renaud Buffoni envoie plusieurs de ses guitares à des magazines spécialisés afin qu’elles soient évaluées. Les critiques leur attribuent des notes allant jusqu’à 9,6 sur 10. À la fin de l’année, ces publications établissent un classement des meilleurs instruments testés. « Je me suis retrouvé dans le top 10 des meilleures guitares au monde aux côtés de Gibson et de Fender, avec ma petite compagnie de Boucherville. »

Cette reconnaissance lui ouvre de nombreuses portes. Les vedettes se passent le mot. Au Québec, des artistes comme Steve Hill ainsi que les membres de Les Trois Accords utilisent ses instruments.

À l’international, le groupe montréalais The Damn Truth joue avec ses guitares partout dans le monde, notamment lors d’une tournée en Europe. Ses instruments apparaissent également dans un vidéoclip de The Damn Truth, une visibilité qui lui a permis de faire connaître sa marque à l’étranger. Des membres de Weezer, du groupe américain Ozma ainsi que Simple Plan jouent aussi sur ses guitares.

Il révèle même être actuellement en discussion avec le guitariste qui accompagne Taylor Swift.

« Dans ce milieu, tout fonctionne par bouche-à-oreille. Quand un artiste tombe en amour avec une guitare, il en parle aux autres. »

Pas question de trahir sa vision

Malgré cette notoriété grandissante, Renaud Buffoni refuse parfois des contrats. Pas parce qu’il manque de temps, mais parce qu’il tient à préserver son identité. « Je fabrique des instruments selon ma vision. Quand un client me demande quelque chose qui va complètement à l’encontre de ce que je veux créer, je préfère refuser. » Il accepte volontiers certaines personnalisations, mais refuse de devenir un simple fabricant sur commande. « Je me considère autant comme un entrepreneur que comme un philosophe. Je veux proposer ma vision de la guitare. »

Déjà tourné vers l’avenir, Renaud Buffoni travaille sur une toute nouvelle guitare, un concept qu’il garde secret et qu’il espère dévoiler d’ici deux ans. Son objectif sera ensuite de trouver le bon groupe ou la bonne rock star pour en devenir l’ambassadeur, un peu comme un groupe émergent qui connaîtrait ensuite une ascension fulgurante.

« Le produit est le marketing », résume-t-il en reprenant le conseil d’un expert qui l’a marqué. Pour le luthier, la meilleure stratégie demeure de créer des instruments d’exception qui parleront d’eux-mêmes.

Renaud Buffoni dans son atelier à Boucherville. (Photo: La Relève – Diane Lapointe)