Près d’un élève sur trois de 4e et de 5e secondaire était absent durant les trois dernières semaines de classe à l’école secondaire De Mortagne, selon des données obtenues par La Relève auprès du Centre de services scolaire des Patriotes (CSSP).
Cette première année sans session d’examens de fin d’année a alimenté les interrogations de certains parents et d’enseignants, qui craignaient que plusieurs adolescents ne voient plus l’utilité de fréquenter l’école à cette période de fin d’année scolaire.
Les statistiques transmises par le CSSP montrent que le taux d’absentéisme, du 1<@V>er<@$p> au 19 juin, s’est établi à 12 % en 1ère secondaire, à 23,1 % en 2e secondaire, à 31,2 % en 3e secondaire, à 33,1 % en 4e secondaire et à 33,6 % en 5e secondaire.
Le Centre de services scolaire n’a toutefois pas été en mesure de fournir des données comparatives avec les années précédentes. « Les absences sont maintenant comptabilisées à partir de l’horaire régulier, ce qui n’était pas le cas auparavant en raison de la session d’examens qui suivait un horaire distinct », explique la directrice adjointe des communications et des services aux parents, Julie-Anne Lamoureux.
«Les jeunes savent que l’année est finie»
Pour un enseignant de l’école secondaire De Mortagne, qui a accepté de témoigner sous le couvert de l’anonymat, ces chiffres ne sont pas étonnants. «Nous avons enseigné toute la matière et n’avons pu faire les évaluations finales des élèves. Ceux-ci savaient qu’il ne restait plus grand-chose à faire. Beaucoup ont choisi de ne plus venir à l’école», affirme-t-il.
Selon lui, la décision du CSSP repose sur la volonté de respecter les 180 jours de services éducatifs prévus au régime pédagogique. «Avant, les examens étaient regroupés à la fin de l’année et l’enseignement régulier se terminait plus tôt. Aujourd’hui, on doit maintenir les cours jusqu’au dernier jour, mais lorsque tout le contenu est vu, il devient difficile de garder les élèves mobilisés», soutient-il.
L’enseignant a mentionné au journal que cette période de flottement a contribué au désengagement scolaire de certains adolescents.
Des parents préoccupés
Un parent rencontré par La Relève dit avoir vécu cette situation avec son fils. L’adolescent avait failli décrocher en 3e secondaire avant de retrouver sa motivation. Or, cette année, il ne voulait plus se rendre à l’école pendant les derniers jours de classe. «Il disait qu’il ne se passait plus rien. Tous ses amis tenaient le même discours», raconte le parent.
Le comité de parents avait sonné l’alarme
Ces préoccupations avaient été exprimées bien avant la fin de l’année scolaire. Dans un avis transmis à la direction générale le 9 avril, le comité de parents du CSSP rappelait que, selon ses informations, seulement trois des 61 centres de services scolaires du Québec avaient choisi d’abolir la session d’examens de fin d’année.
Annick Plante, a communiqué avec La Relève pour faire part de ses inquiétudes. «Nous sommes préoccupés par cette nouvelle orientation et par la perte de l’exposition à ces examens préparatoires aux épreuves ministérielles», écrit-elle.
À ses yeux, les examens de fin d’année représentent beaucoup plus qu’une simple évaluation des connaissances. «Cette période constitue un moment privilégié d’apprivoiser le stress lié aux examens terminaux, stress inévitable auquel les élèves seront éventuellement soumis au cégep, à l’université ou dans leur emploi futur. Les priver de cette session ne fait que reporter cette exposition qui aura alors perdu son caractère graduel.»
Mme Plante estime également que ces examens permettent aux jeunes d’acquérir des compétences qui dépassent le cadre strictement scolaire. «Apprendre à gérer son temps d’études dans plusieurs matières de façon simultanée, composer avec un examen d’une durée prolongée de deux à trois heures, consolider les acquis en révisant la matière vue sur plusieurs mois. Impossible de soumettre les étudiants à de telles évaluations récapitulatives sur un examen d’une heure seulement. Au lieu de simplement voir ce moment comme une surcharge cognitive, il faut insister sur les bienfaits de ces apprentissages qui dépassent le cadre des acquis strictement académiques.»
Elle déplore également que les parents n’aient pas été consultés avant ce changement. «L’opinion de quelques parents s’étant plaints de cette période d’évaluation compte-t-elle davantage que celle de nombreux autres souhaitant voir leur enfant faire face graduellement à des défis de plus en plus importants? », se questionnait-elle.
Sans s’opposer à l’obligation de respecter les 180 jours de services éducatifs, le comité de parents proposait plutôt de conserver la session d’examens tout en utilisant les demi-journées restantes pour des activités pédagogiques obligatoires.
Ils ont demandé également au CSSP de produire un bilan détaillé comprenant notamment les taux d’absentéisme, les résultats scolaires, le taux de diplomation ainsi qu’une analyse de l’organisation de la fin de l’année.
Le Syndicat de Champlain, de son côté, a dénoncé l’absence et a déposé un grief.
Le CSSP défend sa décision
Dans une lettre adressée à au Comité de parents, la directrice générale du CSSP, Nathalie McDuff, a maintenu que cette réorganisation était le fruit d’une réflexion amorcée depuis plusieurs années avec les directions d’école et des enseignants. Selon le centre de services scolaire, la décision répond à la volonté du ministère de l’Éducation de s’assurer que les élèves bénéficient de 180 jours de services éducatifs et repose sur une philosophie d’évaluation continue plutôt que sur une concentration des examens en fin d’année.
Le CSSP estime que cette approche permet de maintenir les apprentissages jusqu’au dernier jour de classe, de répartir les évaluations dans le temps, de réduire la surcharge cognitive en juin et de mieux soutenir les élèves grâce à des rétroactions régulières. La direction reconnaît néanmoins qu’il s’agit d’un «changement de culture» et confirme qu’un bilan sera réalisé à la suite de cette première année d’application. Celui-ci sera présenté au comité de parents à l’automne et servira à évaluer les effets de la nouvelle organisation.
Enfin, Mme Lamoureux indique que plusieurs facteurs peuvent expliquer les absences cette année tout en mentionnant que «les changements apportés à l’organisation scolaire de fin d’année ont fait en sorte que certains élèves ont choisi de rester à la maison à certains moments.»

