Le 175e anniversaire de Sainte-Julie est une belle occasion pour les citoyens de découvrir ou redécouvrir l’histoire de la petite municipalité d’alors. À ce sujet, il est amusant de constater que la venue du cinéma n’a pas été facile et qu’elle a été très contrôlée par le curé de l’époque, qui agissait comme un censeur qui décidait ce qui était bon ou non pour ses ouailles!

Cette anecdote n’est pas sans rappeler l’excellent film Cinéma Paradiso, où le curé du village italien visionnait chaque film et, dès qu’il voyait une scène qu’il jugeait «osée», ne serait-ce qu’un simple baiser, il brandissait sa petite cloche qu’il faisait tinter, indiquant au projecteur la scène à supprimer!

Sur la page Facebook de la Ville, le Service des communications, aidé par leur collègue archiviste-historien, Guy Perron, a publié un petit texte fort intéressant sur la venue du cinéma à Sainte-Julie.

«Au début du XXe siècle, l’arrivée du cinéma suscite autant de fascination que d’inquiétude. Au Québec, le Bureau de censure des vues animées est créé en 1913 afin de surveiller le contenu des films projetés au public. À cette époque, l’Église désapprouve le théâtre», est-il écrit dans la capsule.

«À Sainte Julie, cette prudence se traduit par une décision municipale importante. En octobre 1921, le conseil municipal adopte un règlement interdisant la représentation de “vues animées” sur l’ensemble du territoire de la municipalité.»

«Comme il s’agit d’une œuvre patriotique et nationale, on permet la projection du film Les Croisades ou La Jérusalem délivrée à l’été 1924. Mais d’autres films ne plaisent pas à la gente cléricale», souligne l’archiviste-historien.

Opposé à un cinéma

«La question revient en force au printemps 1925. Lors de son prône du 3 mai, le curé Lessard exprime ouvertement son opposition à l’établissement d’un cinéma permanent dans la paroisse. Il ne s’oppose pas à toute forme de spectacle. Il accepte volontiers les pièces de théâtre à caractère moral ou éducatif lorsqu’elles servent les œuvres paroissiales.»

«Mais il voit dans le cinéma un danger beaucoup plus grand : “Qu’il y ait ici un théâtre de vues animées, sous prétexte de faire l’éducation intellectuelle et morale de nos gens, déforme la conscience de nos enfants et de notre bonne population et draine l’argent de notre peuple au profit de je ne sais quel individu”», s’insurge le curé Lessard.

«Selon lui, même la censure gouvernementale ne suffit pas à garantir la qualité morale des films présentés : “Et quand les bonnes vues n’attirent pas assez de clientèle, ils passent des vues moins bonnes, des vues mauvaises et cela malgré la censure”.»

«En octobre 1942, Sainte-Julie accueille sa première séance de “vues parlantes”, c’est-à-dire de cinéma sonore. Le film présenté, La Vierge du Rocher, est tout à fait en accord avec les sensibilités religieuses du moment. L’histoire met en scène une famille pieuse, une autre incroyante ainsi qu’un petit garçon se déplaçant avec des béquilles, qui retrouve l’usage de ses jambes à sa foi en Notre-Dame-de-Lourdes», explique Guy Perron.

La Relève n’a pas vu le film en question, mais on devine qu’il y a fort à parier qu’à la fin, la famille incroyante retrouve le «droit chemin» à la suite de ce miracle!