Se déplacer à vélo toute l’année, sans posséder de voiture, même en plein hiver, c’est, pour Karen Coffman, un mode de vie qui s’est imposé naturellement depuis bien avant son arrivée à Boucherville il y a près de trois ans. Après avoir vécu une vingtaine d’années à Montréal sans auto, elle craignait devoir en acheter une en s’installant en banlieue. La réalité s’est toutefois révélée bien différente.

«On est près du Vieux-Boucherville, tout est accessible : les commerces, les écoles, les services. Et les pistes cyclables sont exceptionnelles. Honnêtement, je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi bien entretenu et convivial», mentionne-t-elle en entrevue à La Relève.

Déjà initiée au vélo hivernal à Montréal, Karen Coffman est d’avis que les conditions sont encore plus favorables à Boucherville. Moins de circulation automobile, des rues larges, des pistes souvent séparées de la route et un bon déneigement contribuent à un sentiment de sécurité accru. «Ici, je me sens beaucoup moins menacée par les voitures. Même quand il n’y a pas de piste, la route est large. Et au besoin, je peux emprunter un trottoir de façon sécuritaire.»

Travaillant comme enseignante suppléante dans les écoles de la ville, elle se déplace quotidiennement à vélo, ce qui suscite souvent l’étonnement. «Les élèves et les profs me demandent si j’ai un fatbike. Pas du tout. J’ai simplement des pneus d’hiver un peu plus larges. Pour les conditions qu’on a ici, c’est amplement suffisant.»

Pour Karen Coffman, ce choix est aussi économique. Ne pas posséder de voiture lui permet d’éviter des dépenses importantes liées à l’achat, à l’entretien, à l’essence et aux assurances. «Je pourrais travailler davantage pour payer une auto, mais je préfère me déplacer à vélo et rendre cette activité utile», explique-t-elle.

En plus des économies réalisées, elle y voit un gain pour sa santé et son bien-être. «Je bouge tous les jours, je prends de l’air, et ça fait du bien», précise-t-elle, soulignant également les bénéfices environnementaux d’un mode de transport actif.

Elle ajoute que, dans bien des cas, le vélo s’avère plus rapide que le transport en commun, surtout pour les déplacements à proximité. Autrement, elle apprécie aussi emprunter un BIXI, longer la promenade René-Lévesque jusqu’à Longueuil, puis laisser le vélo sur place avant de poursuivre son trajet en métro vers Montréal, une option qu’elle juge beaucoup plus simple que de transporter son propre vélo.

Pas besoin d’équipement spécialisé
Selon elle, un des grands mythes à déconstruire est justement l’idée qu’un équipement spécialisé est nécessaire. «Les gens pensent qu’il faut absolument un fatbike ou des pneus à clous. À Boucherville, ce serait même parfois excessif, tellement les pistes sont bien déblayées.»

Au-delà de l’aspect pratique, le vélo d’hiver a transformé son rapport à la saison froide. «Avant, je détestais l’hiver. Mais quand on bouge dehors, le corps s’acclimate. Faire une activité extérieure, ça fait passer la saison blanche autrement. On finit même par l’apprécier.»

Karen Coffman se décrit comme une cycliste utilitaire, loin de la performance sportive. «Je fais mes déplacements, mes courses, mes commissions à vélo. Je ralentis, j’avertis quand je dépasse. On partage les pistes avec les piétons, il faut être respectueux.» Elle observe d’ailleurs une nette différence entre les cyclistes du quotidien et ceux qui adoptent une conduite plus agressive (les cyclistes en lycra), notamment sur certaines pistes très fréquentées l’été, dont celle longeant le fleuve.

Si la pratique demeure marginale, elle ne sent pas de fermeture de la part des citoyens. «Les gens sont surtout curieux. Ça ne leur traverse pas l’esprit que c’est possible. Mais ce n’est pas perçu comme quelque chose de fou.» Elle souligne également la courtoisie des automobilistes à Boucherville, qu’elle juge remarquable. «Souvent, ils s’arrêtent, ils font attention. J’ai vécu des situations où des conducteurs ont vraiment veillé à ma sécurité.»

Sans prétendre que Boucherville deviendra une ville entièrement axée sur le vélo, Karen Coffman croit qu’il y a place à une réflexion différente sur les déplacements de proximité. «Pour aller à l’épicerie, pour de petites courses, on n’a pas toujours besoin de sa voiture. Moi, je fais tout à vélo.»

Quant à son message pour ceux qui hésitent encore à pédaler l’hiver, il est simple. «Il ne faut pas penser que ce sont seulement des super sportifs. Moi, je le fais. Et si moi je peux, beaucoup d’autres peuvent aussi.»

Ateliers d’initiation au vélo d’hiver
Dans cette optique de démystification, la Ville de Boucherville a offert un atelier d’initiation théorique et pratique sur le vélo, et un prochain le 7 février, au Café Centre d’art.

La première rencontre proposait un atelier théorique, animé par un cycliste expérimenté, afin de faire découvrir les bases pour rouler en toute sécurité et avec confort durant l’hiver.

La seconde rencontre permettra de mettre ces conseils en pratique, lors d’une sortie de groupe à vélo.