Faire l’épicerie ne se résume pas toujours à remplir un panier. Pour certains aînés de Boucherville, une visite au supermarché constitue parfois leur principale sortie de la semaine. C’est notamment ce constat qui est à l’origine du projet pilote Commerce ami des aînés, officiellement lancé le 1er octobre à la Maison du bénévolat, à l’occasion de la Journée internationale des aînés.

Le projet vise à sensibiliser les commerçants aux réalités des personnes âgées et à mettre en place de petits gestes susceptibles de rendre leur expérience plus agréable.

Pour cette première étape, six commerces d’alimentation ont accepté de participer: IGA, Maxi du boul. du Fort Saint-Louis, Metro Messier, Metro Sabrevois, Provigo et Valmont.

Les responsables du comité et les représentants des commerces impliqués. (Photo: La Relève – Diane Lapointe)

À Boucherville, les personnes de 65 ans et plus représentent environ 25% de la population, selon les données du recensement de 2021, contre 20% pour l’ensemble du Québec.

«Nos aînés, pour plusieurs, c’est leur seule sortie de la semaine», a souligné Lorraine Clément, présidente de la FADOQ Boucherville. Elle estime qu’un sourire, un peu de patience ou une attention particulière peuvent faire une grande différence. «On doit s’assurer qu’ils se sentent accueillis, respectés, et considérés», a-t-elle ajouté.

Des besoins exprimés par les aînés

Avant de déterminer les actions à privilégier, le comité citoyen a sondé 565 personnes âgées de 61 ans et plus. Les répondants ont notamment fait ressortir l’importance de l’amabilité et de la disponibilité du personnel, d’un accueil chaleureux aux caisses, de l’aide pour emballer les achats et transporter les sacs jusqu’à la voiture. La facilité à repérer les produits et à lire les informations sur les emballages a également été soulevée.

Louise Goulet, du comité citoyen, a rappelé que certains besoins sont moins visibles. «On voit bien souvent des gens qui ont des déambulateurs, des cannes et tout ça. Mais on oublie souvent qu’il y a des gens qui ont des problèmes auditifs, puis il y en a d’autres qui ont des problèmes de vision. Et ceux-là, ils ne sont pas visibles.»

Les commerces qui souhaitent obtenir la mention Commerce ami des aînés doivent mettre en place la majorité des six mesures proposées : sensibilisation du personnel, aide au transport des sacs, loupes pour lire les petits caractères, affichage plus visible, présence d’un banc et période hebdomadaire consacrée à un service destiné aux aînés.

Des caisses où l’on prend le temps

Le comité souhaite également favoriser la création de «caisses amicales», inspirées des «caisses lentes» aussi appelées bla bla caisses mises en place aux Pays-Bas.

L’idée est d’offrir, à certaines heures, une caisse où les clients peuvent prendre davantage leur temps et échanger avec le personnel. Le concept n’est toutefois pas encore implanté dans tous les commerces participants.

«On a donné toutes nos recommandations, nos espoirs sont en eux», a expliqué Jerry Touzel, président du Carrefour des aînés de Boucherville.

Du côté des commerces, plusieurs mesures sont déjà en place.

Au Provigo, Mona Turbide souligne que l’épicerie représente parfois beaucoup plus qu’un simple lieu où faire ses achats. «Certains aînés viennent pour prendre un café, discuter avec les employés ou simplement sortir de chez eux. Le commerce a notamment mis en place des mesures destinées à faciliter leur expérience.»

Parmi les commerces engagés, la propriétaire de l’IGA de Boucherville, Émily Desmarais, qui exploite le magasin depuis environ un an, dit vouloir demeurer à l’écoute de sa clientèle. «Entre autres, pour les commandes à l’auto, n’hésitez surtout pas à nous demander de vous accompagner. C’est sûr qu’il y aura quelqu’un pour le faire. Si ce n’est pas un emballeur, ce sera moi, Philippe, notre directeur ou Karine», a-t-elle expliqué, insistant sur l’importance de ne pas laisser une difficulté devenir une frustration pour le client.

Au Valmont, Kim Esther considère pour sa part le projet comme une façon de remercier une clientèle fidèle. «On se rend compte lorsqu’on discute avec eux à quel point des petits gestes tout simples du quotidien qui pourraient nous paraître anodins, peuvent réellement changer le cours de leur journée. Donc c’est la raison pour laquelle quand on a été approché, notre engagement a été vraiment concret. Je ne pense pas que nous allons révolutionner quelque chose, mais ne serait-ce que déployer des petites actions bienveillantes», a-t-il expliqué.

Le projet pilote sera évalué à la fin de janvier 2027 afin de mesurer ses effets et d’apporter, au besoin, des ajustements. Le comité souhaite ensuite élargir la démarche à d’autres commerces.

Pour Isabelle Bleau, conseillère municipale et présidente de la Commission des aînés de Boucherville, les caisses amicales constituent un élément important de la démarche. Elle rappelle qu’elles peuvent répondre aux besoins des aînés qui ne sont pas toujours à l’aise avec les caisses libre-service, mais aussi à ceux d’autres clientèles qui ont simplement besoin de plus de temps.