La classe de Roxanne Dubé-Rémillard est pleine, en cette heure du dîner du 15 janvier. Pas de cours de rattrapage ici, mais un atelier ludique concernant les menstruations et produits menstruels, dans le cadre de la Semaine rouge. Si les questions et interventions se font discrètes, il y a fort à parier que la bonne trentaine d’élèves réunis ne s’y sont pas pointés que pour le goûter gratuit.

L’enseignante en classe d’accueil à l’école secondaire Saint-Jean-Baptiste à Longueuil avait organisé sa propre «Semaine rouge» en novembre 2024. Elle intègre cette année l’initiative lancée par la Coalition Ado, qui se déploie dans une vingtaine d’écoles de la province.

Dans sa classe qu’elle a convertie pour l’occasion, Roxanne Dubé-Rémillard s’adresse à un petit groupe d’élèves, grande affiche à la main. Elle sonde leurs connaissances sur l’impact environnemental des produits menstruels, notamment.

Un peu plus loin, Geneviève Normandin, qui a créé le projet Petit tiroir, membre de la Coalition ADO, se prête à un exercice semblable. Par exemple, combien de produits menstruels sont utilisés par une personne menstruée au cours d’une vie? Réponse : de 10 000 à 15 000.

Au début de l’activité, peut-être pour désamorcer la gêne pouvant entourer ce sujet et surtout pour en montrer la normalité, Mme Normandin a rappelé qu’au Québec, parmi les personnes menstruées, 20% le sont en même temps. «S’il y a une personne qui est menstruée dans la classe et qui se sent mal, dites-vous qu’il y en a quatre autres!» adresse-t-elle à la vingtaine d’élèves.

Elle décrit aussi l’ensemble des produits menstruels disponibles en démonstration sur une table, de la diva cup à la culotte menstruelle et ses différentes variantes. Le maillot menstruel semble piquer la curiosité.

Des produits lavables en démonstration (Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)
(Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

S’attaquer à la précarité

La Semaine rouge poursuit divers objectifs, dont celui de démystifier les menstruations et d’encourager un dialogue ouvert avec les élèves.

«Ça libère la parole. D’en parler comme ça, ça montre que c’est normal», constate Mme Dubé-Rémillard, devant le babillard faisant la promotion des diverses activités qui se sont tenues au cours de la semaine, et recelant surtout d’une foule d’informations.

Pour témoigner de la précarité menstruelle, des bas et bouts de tissus y ont été épinglés. Faute de moyens, des jeunes filles peuvent recourir à ce type d’alternatives lors de leurs règles. L’enseignante a d’ailleurs été témoin d’élèves qui ont clairement exprimé s’être déjà retrouvées dans cette situation.

(Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

La Coalition ADO, qui réunit le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes et Petit tiroir, fournit des ressources aux écoles pour améliorer l’information, l’accessibilité et l’équité menstruelles dans leur milieu. Elle peut poser un diagnostic des besoins et élaborer un plan d’implantation.

Elle émettra aussi des recommandations concernant le choix des distributrices de produits menstruels et des stratégies de financement.

Ultimement, «dans un monde de licornes», Mme Dubé-Rémillard rêve que les produits menstruels soient systématiquement distribués sans frais dans les écoles.

Avec son travail concret auprès des élèves et son implication bénévole à la Coalition ADO,  elle estime y travailler graduellement, «une brique à la fois».

À la fin de l’atelier, toutes les protections lavables offertes gratuitement ont trouvé preneur.

«Merci madame, c’était cool», dira d’ailleurs une élève croisant l’enseignante dans le corridor.

En parler

S’il est vrai que les menstruations représentent un tabou dans certaines communautés culturelles, l’enseignante nuance l’idée voulant que les jeunes issues de l’immigration soient moins informées sur le sujet. Peu importe les familles, il arrive que la réalité des menstruations ne soit pas du tout abordée.

Elle donne aussi en exemple un jeune homme qui, à 15 ans, n’en avait jamais entendu parler.

C’est pourquoi l’enseignante apprécie tout particulièrement l’activité qui termine la Semaine rouge, à la cafétéria. Dans ce lieu accessible à tous, des filles peuvent inciter des garçons à venir s’intéresser à ce qui est présenté au kiosque.

Entre la première édition et cette deuxième Semaine rouge à l’école Saint-Jean-Baptiste, Roxanne Dubé-Rémillard remarque un effet de surprise atténué et davantage d’alliés. «Les professeurs étaient mobilisés, ils en parlaient aux élèves et portaient le macaron», dit-elle, en pointant celui épinglé à sa chemise, à l’effigie de la Semaine rouge.