Le 175e de Sainte-Julie est une belle occasion de revisiter le passé de la petite municipalité d’alors et de rappeler notamment que Dr Jodoin a été son médecin pionnier. Celui qui était originaire de Varennes a lutté contre une épidémie de variole et il a même dû se battre…contre une certaine rigidité des curés de l’époque!

Joseph-Clément Jodoin, mieux connu sous le prénom d’Uldéric, s’installe à Sainte-Julie en 1901 et il doit protéger ses nouveaux concitoyens d’une épidémie de variole qui touche la municipalité et les environs.

Cette maladie est très contagieuse et peut s’avérer mortelle, à l’époque. La variole majeure, c’est-à-dire la forme la plus lourde et redoutable de cette maladie, avait un taux de mortalité estimé entre 20% et 45%. Elle provoquait de fortes fièvres, des douleurs et des éruptions cutanées sévères.

Devant ce danger, certaines maisons sont mêmes placardées afin de signaler la présence de la maladie et de limiter sa propagation. Selon l’archiviste-historien Guy Perron, le Dr Jodoin joue alors un rôle majeur dans la lutte contre l’épidémie, alors que son influence contribue à l’adoption, en 1903, d’un règlement municipal rendant la vaccination obligatoire.

Médecin vs curés

L’archiviste-historien Guy Perron souligne que le Dr Jodoin «entretient parfois des relations difficiles avec certains curés de la paroisse, illustrant les tensions qui pouvaient exister à l’époque entre les approches médicales et les convictions religieuses».

Les curés de l’époque avaient souvent une certaine rigidité morale et il ne devait pas être facile de composer avec la toute-puissance de l’Église d’alors.

Rappelons pour mémoire à ce sujet qu’au printemps 1925, le curé Lessard avait exprimé ouvertement son opposition à l’établissement d’un cinéma permanent dans la paroisse. «Qu’il y ait ici un théâtre de vues animées, sous prétexte de faire l’éducation intellectuelle et morale de nos gens, déforme la conscience de nos enfants et de notre bonne population et draine l’argent de notre peuple au profit de je ne sais quel individu», avait-il déclaré dans un de ses sermons.

Aussi, au début des années 1920, des soirées dansantes sont notamment organisées à la salle paroissiale Saint Jean Baptiste et même à l’école du village. Ces activités attirent les jeunes, mais elles suscitent aussi les inquiétudes du curé Lessard. Dans un sermon, il rappelle aux familles la responsabilité morale qu’il attribue aux parents. Il cite même la recommandation d’un saint à une mère : «Quand bien même le jeune homme qui fréquente votre fille serait un ange descendu du ciel, ne la laissez pas seule avec lui».

Son décès laisse un grand vide

Le décès du Dr Jodoin en 1938 laisse un grand vide, car Sainte-Julie se retrouve sans médecin résident et on lui cherche un successeur. Cette forme de «grande séduction», comme le film du même nom, s’étend sur près de… 20 ans.

Plusieurs démarches sont menées afin d’attirer un nouveau médecin à Sainte-Julie. Un espoir pointe à l’horizon en 1951, alors qu’un médecin de Québec se dit intéressé à venir s’établir dans la paroisse, à condition qu’on lui construise une maison, mais la demande est refusée.

Ce n’est qu’en 1957 qu’un nouveau médecin résident, le Dr Marcel Desrochers, s’installe à Sainte-Julie, mais il quitte la paroisse en 1963 pour poursuivre une spécialisation en radiologie à Québec.

«Par la suite, les soins médicaux sont assurés par des médecins non-résidents, notamment le Dr Léonce Mayrand, de Saint-Bruno, à partir de 1963, puis le Dr Pierre Frégeau en 1966. Ceux-ci reçoivent les patients julievillois quelques jours par semaine dans la maison Borduas, située en face de l’église», relate M. Perron.

Notons en terminant qu’une rue de Sainte-Julie est nommée en l’honneur du Dr Jodoin en 1989.

Pour en savoir plus : https://www.ville.sainte-julie.qc.ca/l-histoire-de-sainte…