Les cinq rencontres de négociation promises par le Parti québécois avec les représentants du Communautaire à boutte sont de bon augure, mais le mouvement de revendication veut s’assurer de ne pas être oublié par le nouveau gouvernement. Son message : c’est le moment de passer de la parole aux actes et accorder le fonds d’urgence de 360 M$ demandé «depuis trop longtemps».
«C’est le moment d’avoir comme objectif d’atteindre la moyenne salariale du Québec, ainsi que d’obtenir un financement suivant les coûts réels du fonctionnement. C’est le moment de tenir ces cinq rencontres pour une table de négociation avec le mouvement afin d’établir un réel canal de communication», a exprimé Émilie Coté intervenante à la Maison le Goéland, au rassemblement régional du Communautaire à boutte, le 21 octobre à Longueuil.
Des centaines de représentants de divers organismes de la Montérégie ont convergé au parc St. Mark pour faire entendre leur voix, plus de sept mois après le lancement de ce mouvement de grève et de revendication.
Ce dialogue avec le Parti québécois est bien accueilli par le mouvement, alors que l’ancienne ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’action communautaire Chantal Rouleau avait refusé toute rencontre.
Néanmoins, les attentes demeurent immenses, insiste le directeur général de la CDC de l’agglomération de Longueuil Martin Boire, en ce jour de formation du conseil des ministres. Le député de Sanguinet Alain Therrien a été nommé ministre de l’Action communautaire cet après-midi.
«Ils se sont engagés à bonifier le financement des organismes communautaires de 100 M$ par année. Par travailleuse dans le communautaire, ça représente une augmentation salariale de 1,10$», nuance-t-il au Courrier du Sud. Une somme insuffisante pour offrir des assurances collectives, un régime de retraite ou des conditions salariales comparables au réseau de la santé.

(Photo : Gravité Média – Ali Dostie)
«On espère s’asseoir rapidement avec eux pour trouver des solutions pour pérenniser l’action communautaire au Québec», signifie-t-il.
À la foule, M. Boire a rappelé l’impact de l’action communautaire dans la vie des gens.
«J’entends des gens dire, pour minimiser la pression qu’on ne met : «on ne sauve pas des vies». Pourtant, combien de vies a-t-on transformé, de personnes avons-nous sorties de l’isolement social, de la pauvreté, en leur redonnant de la dignité et parfois même le goût de vivre? Donc oui, le communautaire, nous sauvons des vies!»
Sophie Tétrault-Martel, l’une des porte-paroles régionales, a décrit la mobilisation comme le bras de fer «de notre négociation avec le gouvernement». Les représentants se sont dits prêt à «aller jusqu’au bout», soit la grève générale illimitée, pour obtenir du financement à la hauteur des besoins des organismes.
« À bout »
Isabelle Dubuc, de l’Élan des jeunes de Châteauguay, a rappelé les défis quotidiens de cette auberge du cœur. «Tu as 20$ pour faire une épicerie pour complémenter Moisson, pour nourrir 6 ados tous les jours. Chaque année, c’est des 300 000$ de déficit qu’on annonce et qu’on réussit à combler autrement.»
«Je suis à bout de me faire dire qu’il faut varier nos sources de financement. J’en ai vendu des hot-dogs, j’en ai ramassé des canettes, j’en ai lavé des autos, j’en ai vendu du spaghetti, a-t-elle entre autres énuméré. C’est beau tout ça, c’est mobilisant, mais je n’aide pas de jeunes pendant que je fais ça.»
«À quel moment, comme société, on s’est perdu au point de devoir combattre et faire valoir que l’aide aux plus vulnérables doit être financée?» a-t-elle aussi lancé.
« Cheap labor »
Directrice de la Maison des Jeunes de Sainte-Julie et déléguée du Regroupement des maisons des jeunes de la Montérégie, Maude Lefebvre a témoigné des répercussions du sous-financement qui affectent les organismes.
«Ça fait des équipes épuisées, les gens quittent, on est à bout et surchargés. Comme le financement n’est pas à la hauteur de nos besoins, on a de la difficulté à avoir des salaires compétitifs avec le réseau. On est toujours en recrutement. Et essayer de trouver des gens dans une équipe de travail, c’est beaucoup de temps.»
Un discours qui fait écho aux revendications de Catherine Pelletier, agente de vie associative à la Maison Tremplin de Longueuil.
Malgré les besoins grandissants, l’organisme se voit dans l’obligation de refuser des citoyens, de fermer une journée par semaine pour économiser. La Maison le Tremplin s’est récemment résolu à couper quatre postes, faute de financement.

(Photo : Gravité Média – Ali Dostie)
«J’ai l’impression que le gouvernement utilise nos services un peu comme du cheap labor. Malheureusement, les sous ne viennent pas ou viennent par projet. Alors on est tout le temps en train de se réinventer. Ce dont on a besoin, c’est de la continuité dans nos services. On a besoin d’un financement à la mission.»
Mme Pelletier et la directrice adjointe de l’organisme, Nathalie Bonin, parlent de leur travail avec passion. Les exemples ne manquent pas pour démontrer à quel point les besoins sont criants.
À la halte-garderie, 100% des enfants ont des besoins particuliers ou encore ne parlent pas le français. Pourtant, les éducatrices ne bénéficient d’aucune aide comme ça peut être le cas en CPE.
«Aussi, on établit un lien de confiance avec les gens qui viennent à nous. On n’a pas le temps, mais on le prend. Ils en viennent à nous raconter leur vie», relate Mme Pelletier.

(Photo : Gravité Média – Ali Dostie)
Mme Bonin renchérit à propos de l’isolement et la solitude qui affectent plusieurs citoyens. «Un homme est venu nous dire qu’il était content d’avoir obtenu son permis de conduire, car il n’avait personne d’autre à qui le raconter!» a-t-elle témoigné.
Isabelle, une maman qui bénéficie des services du Tremplin, s’est jointe à la conversation. «C’est pas facile d’aller chercher de l’aide, plusieurs en ont besoin et attendent longtemps avant d’y aller. J’ai été soutenu, par ces gens qui tendent la main à la société.»
Aussi valorisant puisse être ce travail, Catherine Pelletier ressent une fatigue après 10 ans dans le milieu. «J’y pense, parfois, à quitter.»
Faire résonance
La mairesse de Longueuil Catherine Fournier a témoigné sa solidarité à l’ensemble des travailleurs du communautaire réunis.
Elle a plaidé pour que le gouvernement mette un terme à la «culture de coupure de rubans des nouveaux programmes» et accorde le financement à la mission réclamé par le milieu.
Selon elle, il est temps que le gouvernement «augmente les budgets de façon pérenne et qu’il fasse confiance au milieu communautaire pour utiliser les sommes afin de répondre aux missions de base des organismes».
Mme Fournier s’est engagée à «donner résonance» aux revendications du communautaire «qui sont tellement légitimes, qui sont tellement la base. Vous demandez seulement qu’on vous prenne pour la juste mesure de ce que vous êtes en mesure de faire, des services que vous livrez quotidiennement pour améliorer le bien-être de la population, et oui, sauver des vies.»

