Établie à Sainte-Julie, ALU MC3 conçoit et fabrique des lampadaires et des structures de signalisation routière en aluminium. Ébranlée par les tarifs américains et la hausse du coût des matières premières, l’entreprise mise sur son savoir-faire et la diversification de ses marchés pour poursuivre sa croissance.
Fondée en 2020, ALU MC3 s’appuie sur une expertise industrielle remontant aux années 1970. Dirigée par la troisième génération de la famille, l’entreprise emploie une quarantaine de personnes dans une usine de 50 000 pieds carrés et produit de 15 000 à 20 000 lampadaires par année. Elle fait également appel à un réseau de 50 à 75 fournisseurs spécialisés de la Rive-Sud.
L’entreprise occupe environ 80 % du marché québécois du lampadaire. Son expertise, notamment dans la transformation de l’aluminium, lui a permis de participer à plusieurs projets d’envergure, dont le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, le pont de l’Île-aux-Tourtes et la nouvelle autoroute Bonaventure.
Guerre tarifaire
Jusqu’en 2025, ALU MC3 enregistrait une croissance annuelle de 30 % à 40 % et desservait notamment la côte Est américaine. L’entrée en vigueur des tarifs américains en février 2025 lui a toutefois fait perdre 30 % de son marché aux États-Unis.

« On n’a pas perdu d’emploi, mais les tarifs ont ralenti notre évolution », explique le directeur général, Robert Bélanger, ing. Un quart de travail supplémentaire prévu la fin de semaine a notamment été reporté.
À cette situation s’ajoute une hausse d’environ 40 % du prix de l’aluminium en 18 mois. Puisque cette matière première représente près de la moitié du prix de vente, les contrats à prix fixe deviennent plus difficiles à rentabiliser.
L’entreprise demande donc au ministère des Transports et de la Mobilité durable d’intégrer des clauses d’indexation du prix de l’aluminium à ses contrats, comme c’est déjà le cas pour certains autres matériaux. Le ministère refuse jusqu’ici, estimant que les fluctuations ne présentent pas un caractère suffisamment imprévisible.
Pour compenser ces difficultés, ALU MC3 développe ses marchés dans l’Ouest canadien et les Maritimes, avec l’appui d’Investissement Québec. Elle bénéficie aussi de programmes de Développement économique Canada pour améliorer sa productivité et soutenir ses exportations.

Robert Bélanger souhaite également faciliter les échanges commerciaux entre les provinces, notamment en réduisant les obstacles liés à la reconnaissance des compétences professionnelles. Il plaide enfin pour que les gouvernements valorisent davantage les fournisseurs québécois et considèrent, au-delà du prix, la qualité, la fiabilité et les retombées économiques de leurs achats.
L’entreprise privilégie d’ailleurs l’aluminium québécois, dont l’empreinte carbone est plus faible que celle de l’aluminium produit à partir d’énergies fossiles.
Pour le dirigeant, l’adaptation demeure essentielle : « Être entrepreneur, c’est continuellement s’ajuster, se réorienter et conserver la souplesse nécessaire pour évoluer dans un monde instable. »
Un bel exemple de la force industrielle de la Rive-Sud
Pour Jean-François Lévesque, PDG de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud, ALU MC3 représente bien la force industrielle de la Rive-Sud, grâce à son expertise spécialisée, sa capacité d’innovation et son réseau de fournisseurs. «Son parcours démontre que nos entreprises peuvent rivaliser à l’international, à condition de bénéficier d’un environnement favorable à leur croissance. Dans un contexte de tensions commerciales, il est essentiel de soutenir leur diversification, de faciliter le commerce interprovincial et de reconnaître davantage la contribution du secteur manufacturier à l’économie régionale.»

