Le nouveau gouvernement promet un minimum de trois semaines de vacances à tous les travailleurs québécois. Bonne nouvelle pour qui? Et à quel prix pour nos PME? Annie Boilard répond aux questions de Yanick Michaud, journaliste chez Gravité INFO.
Le Parti Québécois s’est engagé à offrir un minimum de trois semaines de vacances par année à tous les travailleurs du Québec. Avant de sortir la glacière et la crème solaire, regardons ça de plus près.
Qui profitera le plus de trois semaines de vacances minimum au Québec?
Ce sont d’abord nos jeunes travailleurs.
Gardons en tête que les employés qui cumulent déjà trois ans et plus chez le même employeur ont droit à trois semaines de vacances. C’est ce que prévoit la loi actuellement. Par contre, ceux qui sont dans leur deuxième ou leur troisième année d’emploi ont droit à un minimum de deux semaines. Ce sont eux, les grands gagnants : ils passeraient de deux à trois semaines. À court terme, c’est définitivement vers eux que tous les yeux se tournent.
Est-ce que tous les employés pourraient en profiter?
Indirectement, oui. Ou du moins, ils auront un bon argument pour ouvrir la conversation.
Les grandes entreprises ont souvent des politiques de vacances plus généreuses que le minimum prévu par la loi. Mais même chez celles qui offrent trois, quatre ou cinq semaines, les employés risquent de se tourner vers leur patron et de lui dire : « Avant, tu m’offrais trois semaines quand le minimum était de deux. T’étais généreux. Maintenant que le minimum est de trois, on devrait garder la même équation. Tu pourrais m’en offrir quatre. »
Y a-t-il des effets négatifs pour les entreprises?
Oui, deux principalement : le remplacement et le coût.
On ne veut pas jouer les rabat-joie. Plus de vacances, c’est plus de repos, un meilleur équilibre travail-famille et plus de bien-être. Et des employés reposés, ce sont des employés plus performants. Mais il faut regarder le revers de la médaille.
- Le remplacement. Dans plusieurs régions du Québec, on parle encore de pénurie de main-d’œuvre. Un employé en vacances, c’est un employé à remplacer. Quand c’est déjà difficile de trouver du monde, trouver des remplaçants l’est encore plus.
- Le coût. On aimerait tous croire que les vacances ne coûtent rien à l’employeur, mais ce n’est pas le cas.
Combien coûte une semaine de vacances à un employeur?
Une semaine de vacances représente environ 2 % du salaire.
Pour les employeurs qui devront accorder une semaine de plus, c’est une dépense additionnelle qui met de la pression sur leurs revenus.
Pourquoi les commerces de proximité seront-ils plus touchés?
Parce qu’ils emploient beaucoup de jeunes et qu’ils ont des marges serrées.
Je pense à nos commerces d’ici : l’épicier du coin, le restaurateur, le garagiste qui pose vos pneus d’hiver. Ils emploient beaucoup de jeunes, souvent à temps partiel, et souvent dans leur deuxième ou troisième année d’emploi. Donc beaucoup de semaines additionnelles à payer. Et leurs marges bénéficiaires tournent souvent entre 3 et 5 %. Parfois même moins.
Est-ce que plus de vacances pourrait réduire les augmentations de salaire?
C’est un scénario possible, oui.
Sans être trop technique, suivez-moi deux secondes. Pour 2027, les entreprises québécoises prévoient accorder en moyenne des augmentations salariales de 3,1 %. Si l’employeur doit déjà donner 2 % en vacances additionnelles, il pourrait très bien dire à son employé : « Je n’ai pas d’autre argent. Je t’ai donné 2 % en vacances, je vais te donner 1 % d’augmentation. »
Et pour un jeune qui travaille une ou deux journées par semaine, des journées de repos de plus, ce n’est pas nécessairement ce qu’il cherche. Lui, ce qu’il veut, c’est de l’argent dans son compte de banque. Or, de la façon dont la mesure est annoncée, ce serait trois semaines pour tout le monde. Les employés n’auraient pas le choix.
Y a-t-il une différence entre les petites et les grandes entreprises?
Oui, et c’est là qu’entre en jeu l’effet domino.
Le gouvernement a mandaté son ministre du Travail, et un projet de loi est à prévoir. Je ne suis pas du monde politique, mais j’ai l’impression que Québec solidaire pourrait appuyer le gouvernement minoritaire sur une telle mesure.
Si ça devient une loi, il y aura le jour 1, avec nos jeunes travailleurs qui en bénéficieront. Mais il y aura aussi les mois et les années qui suivront. Tous les employés pourraient avoir un levier pour demander plus de vacances, et tous les employeurs pourraient sentir la pression d’en offrir davantage. Les très grandes entreprises ont les reins plus solides. Pour d’autres, la pression pourrait être bien réelle.
Les fonctionnaires de l’État seront-ils touchés?
Pas au départ, mais la question va finir par se poser.
Le gouvernement dit que la mesure ne touchera pas les fonctionnaires, puisque leurs conditions sont déjà plus généreuses que le minimum. Mais avec le temps, les représentants syndicaux risquent de revenir à la charge. Peut-être pas le jour 1, mais tôt ou tard.
En résumé
Une semaine de vacances de plus pour les jeunes salariés, sur papier, c’est chouette. Mais les impacts sont bien réels, autant pour les entreprises que pour les travailleurs eux-mêmes. Un dossier à suivre de près!
